Ispahan : image du paradis

Jeudi 12 avril de 10h à 12h à l’Institut National d’Histoire de l’Art (Salle Vasari)

 

Première conférence : La peinture et l’expérience urbaine de “voir” dans l’Ispahan safavide (1590-1722)

Voir Ispahan au cours du XVIIe siècle, ville alors promue au rang de capitale de la dynastie Safavide (1501-1722), signifiait déambuler entre bazars caverneux et galeries marchandes, flâner sur la place publique Maydan-i Naqsh-i Jahan (« l’image de la place du monde »), et se promener le long du Chahâr Bagh (« quatre jardins ») et sur les ponts surplombants le Zayandeh Rud (« fleuve qui fait naître »).

Au cours de leurs balades, les ispahanais, dont le style était toujours irréprochable, pouvaient observer peintures et murales représentant chasses royales, batailles, personnes élégantes et fêtes européennes, tomber nez-à-nez avec des images grandeur nature d’hommes et de femmes aux vêtements venant du monde entier, et admirer des représentations picturales de banquets royaux ayant lieu dans les shahneshin (« salons royaux ») des palais et manoirs de la ville.

Voir et être vu dans les cafés, tavernes ou lors de balades urbaines : c’était cela, flâner à Ispahan. Ces habitudes étaient aussi capturées en peintures et dessins sur feuilles volantes ensuite offertes, échangées contre de la poésie ou des faveurs, ou encore achetées et gardées dans des albums. Les artistes d’Ispahan signaient leurs oeuvres, développaient leur réputation et gagnaient leur vie grâce à leur toucher spectaculaire et leur flair pour des thèmes novateurs.

Cette conférence vous emmènera vous promener à Ispahan et s’intéressera à l’habitude prise dans la ville de voir au travers de la peinture.

Deuxième conférence : Ispahan et les débuts de la portraiture dans la peinture persane

Sadiqi Beg, documentaliste royal, artiste de Shah Abbas le Grand et auteur de manuels d’art en vers, prétend que la signification dans la peinture doit se trouver su-yi surat, soit par le biais du visage. Si son traité porte sur l’art de la peinture sans distinction, il consacre tout de même le premier chapitre de son ouvrage au surat, accordant une certaine importance à l’art de la représentation du surat, temsal, chehreh, shekl, manzar et shamayel. La signification de ces termes vacille entre image, ressemblance, simulacre, représentation et parodie.

Dans la mesure où les représentations d’individus dans la peinture persane mettent l’accent sur le visage, on peut déduire les subtiles variations de sens du mot portrait des multiples termes – souvent interchangeables – utilisés pour référer à des tableaux pouvant être qualifiés de portraits.

C’est à la fin du XVIe et au cours du XVIIe siècle à Ispahan que la peinture persane se détache peu à peu des thèmes poétiques classiques qu’elle couvrait auparavant pour se tourner vers des sujets plus proches du quotidien : pique-niques et couples enlacés perdus dans leurs ébats, figures de l’échanson et de la jeune fille qui danse, derviches, pèlerins, jeunesse et sagesse, hommes d’armes, de savoir et de foi.

La question qui découle de ces peintures et murales ispahanaises est la suivante : comment l’art persan du début des temps modernes d’Ispahan exprime-t-il une notion endogène de la portraiture ?

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Intervenante

Sussan Babaie est professeure d’histoire de l’art et de l’architecture iraniens et islamiques à l’Institut d’Art Courtauld de l’Université de Londres. Ses livres Isfahan and its Palaces: Statecraft, Shi’ism and the Architecture of Conviviality in Early Modern Iran (2008/2018), et Persian Kingship and Architecture: Strategies of Power in Iran from the Achaemenids to the Pahlavis (2014) comptent parmi les plus importants. Elle travaille actuellement sur l’urbanité et les liens entre goûts visuels et gustatifs de l’Iran du début des temps modernes.

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